Des diaconesses dans la société moderne

Écrit par Ignacio Aréchaga le .

Certains propos récents du pape ont provoqué une tempête dans un verre d’eau.

 

 

La réponse du pape à une question sur la possibilité pour les femmes d’être diaconesses a relancé un carrousel médiatique assez actif sous ce pontificat. En réponse à une proposition, le pape n’a pas exclu la possibilité d’étudier un changement dans un domaine en lien avec la sensibilité actuelle. Les titres des journaux transforment l’étude en décision et considèrent comme acquise la volonté de changement du pape. Les reportages du lendemain vont plus loin et prophétisent qu’il s’agit du premier pas vers le sacerdoce pour les femmes. Le Bureau de Presse du Vatican doit éteindre l’incendie et Lombardi explique que « le pape n’a pas dit qu’il prétend introduire l’ordination diaconale pour les femmes ». Ceux qui croient que le pape François partage leurs idées sur les changements dans l’Eglise assurent que la volonté réformatrice du pape est freinée par les conservateurs qui lui mettent des bâtons dans les roues.

Un peu plus de calme et de mémoire contribuerait à situer la question dans son contexte. Le pape a dit dans une réponse informelle qu’il pourrait être opportun qu’une commission d’étude clarifie la possibilité, dans l’Eglise d’aujourd’hui, d’avoir des femmes qui réalisent les tâches de celles que, dans l’Eglise primitive, certains documents mentionnent sous le nom de diaconesses.

Sans préjuger de ce que peut dire une telle commission, il n’est pas superflu de rappeler que déjà le conservateur Ratzinger, quand il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, n’a eu aucun inconvénient à commander à la Commission Théologique Internationale une étude sur l’évolution du diaconat, dans lequel il était question, parmi d’autres thèmes, du ministère des diaconesses.

Sans prétendre donner une conclusion définitive, l’étude affirmait que les « anciennes diaconesses » ne pouvaient être assimilées aux diacres d’aujourd’hui, et que le diaconat actuel fait partie du sacrement de l’ordre, que seuls les hommes peuvent recevoir validement.

Comme le pape a affirmé à plus d’une reprise que l’Eglise n’admet pas le sacerdoce féminin, les journaux de ces derniers jours titraient que les diaconesses pourraient célébrer des baptêmes et des mariages, des sacrements pour lesquels un prêtre n’est pas requis. Mais est-ce que l’Eglise a vraiment besoin de diaconesses pour cela ? Il ne semble pas qu’il y ait des enfants ne pouvant recevoir le baptême par manque de prêtres ni des couples qui attendent impatiemment de trouver un prêtre qui les marie. De toute manière, en cas d’urgence, tout fidèle peut baptiser et, là où il n’y a ni prêtre ni diacre, l’évêque peut déléguer à des laïcs le soin de jouer le rôle du prêtre dans la célébration du mariage (Code de Droit Canon, c. 1112).

L’idée des diaconesses ne semble donc pas être justifiée par les besoins de l’Eglise, mais plutôt par le souhait de rehausser le rôle de la femme dans l’Eglise. Mais, ici aussi, il faudrait distinguer entre revaloriser et cléricaliser. D’une part, il ne faut pas oublier que l’idée des diaconesses surgit dans une réunion du pape avec des supérieures religieuses, et celle qui pose la question la considère comme une extension des tâches que les religieuses assument déjà. Mais l’immense majorité des femmes dans l’Eglise sont des fidèles laïcs, qui ont d’autres occupations et vivent dans des situations différentes. A l’heure actuelle, plutôt que de femmes qui baptisent, on a besoin de mères qui engendrent les enfants à baptiser. Et plutôt que de diaconesses qui marient les gens, on a besoin de femmes et d’hommes bien préparés au mariage.

Rien n’est plus étranger à la pensée de François que de voir dans l’appartenance au clergé la seule manière de faire quelque chose d’important pour l’Eglise. En une autre occasion, à propos de la nomination de femmes cardinaux, il avait déjà expliqué : « Les femmes dans l’Eglise doivent être valorisées, pas cléricalisées ».

Revaloriser le rôle des femmes dans l’Eglise n’exige pas de leur donner plus de place à l’autel, mais de valoriser davantage et de compter davantage avec leur opinion dans les espaces importants qu’elles occupent déjà et qu’elles dirigent souvent. Dans l’Eglise, souvent ce sont les femmes qui s’occupent de transmettre la foi aux enfants, qui organisent les activités caritatives, qui permettent aux paroisses de fonctionner, qui maintiennent vivantes les dévotions populaires et tant d’autres choses dans lesquelles l’apport de la femme est irremplaçable. C’était déjà le cas dans les communautés chrétiennes primitives, comme on le voit dans les Actes des Apôtres et dans les Lettres de saint Paul.

S’il y a bien une urgence dans l’Eglise actuelle, c’est celle du témoignage et de l’engagement de la femme catholique en faveur de cette « Eglise qui sort à la périphérie » prêchée par le pape François. On a besoin de son influence dans le monde de l’enseignement, de la mode, de la communication, de l’art, de la politique, dans l’humanisation des entreprises, dans le défi de la conciliation entre travail et famille, dans les relations homme-femme, et dans tant d’autres domaines où la femme peut apporter cette vision plus élevée qui vient de la foi et de la sensibilité féminine.

Ce service (et c’est là le sens du mot « diaconie ») au milieu du monde est le meilleur apport de la majorité des femmes dans l’Eglise d’aujourd’hui.

Ignacio Aréchaga est l’ancien rédacteur en chef de l’agence Aceprensa. Il a écrit cet article sur son blog « El Sónar » (http://blogs.aceprensa.com/elsonar/). Ce texte a été traduit de l’espagnol par l’abbé Stéphane Seminckx.

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